António, un voyage pour la France “a Salto”
Avô, comment es-tu arrivé en France ?
J’ai connu Ophélie à travers le podcast Agosto. Ce sont ces rencontres virtuelles qui se prolongent par un échange téléphonique et beaucoup d’affection pour une histoire qui est celle de nombreux autres portugais. Ophélie a fait ce travail personnel de mémoire et a interrogé son grand-père pour en savoir plus sur son arrivée en France. Voici l’histoire du voyage d’António, écrit par sa petite-fille, Ophélie.
“António est né en 1939, dans la région du Minho dans le nord du Portugal. En 1964, sa mère Adelaida lui finance son voyage pour la France.
Il se rend en premier lieu dans la ville de Monção près de la frontière espagnole. Il y rencontre son premier passeur, Zé capador de Vacas (''Zé, l'éleveur de vaches'') dans un petit restaurant où se trouvent également 8 autres hommes aux mêmes aspirations.
A la fin de leur repas, ils aperçoivent deux voitures conduites par des Espagnols qui leur font signe de monter. Ils roulent pendant des heures jusqu'à une étable aux pieds des Pyrénées.
Les deux chauffeurs s'en vont. Antonio et ses camarades dormiront parmi le cheptel bovin. Durant la nuit, deux autres inconnus vinrent les réveiller pour débuter la grande traversée des monts enneigés. Antonio se souvient de leurs paroles "rapido ombre! ". Vite, il faut se dépêcher !
Ils marchèrent de nombreuses heures jusqu'à une tranchée de terre à mi-chemin qui permettait de se cacher. Ils y attendirent à nouveau deux autres passeurs espagnols avant de reprendre la route. Antonio ne se souvient plus du temps qu'il aura fallu mais il se rappelle d'avoir encore marché à nouveau pendant très longtemps.
Arrivés à la frontière française, un véhicule s'apparentant à un camion frigorifique se présente à eux. Ils y entrent mais celui-ci est déjà rempli de plusieurs dizaines d'hommes.
De plus en plus s'y entassent ne laissant quasiment aucun air, ni espace pour chacun d'entre eux à l'intérieur. Le camion démarre, Antonio et ses camarades attendent à nouveau pendant des heures l'arrivée à Paris luttant entre l'envie de voir leur périple aboutir et une intense suffocation. Certains s'évanouissaient, on ne sait pas s'ils se sont un jour réveillés.
Le camion s'arrête enfin. Paris, nous y sommes ! La boule au ventre, Antonio remercie Dieu et s'empresse de s'extraire du camion. Il attrape un bout de papier dans sa poche sur lequel est inscrite sa direction finale : celle du patron qui pourra lui donner un travail. Il l'avait réussi, il l'avait fait : son Salto.
António fait partie des plus de 350 000 portugais qui ont émigré clandestinement vers la France entre 1957 et 1965 sans être régularisés au préalable. La traversée “a salto”, c'est-à-dire en “sautant” illégalement au-dessus des frontières est régulièrement évoquée dans la littérature qui retrace le parcours de la diaspora portugaise.
Antonio est mon grand-père 💚”
Gens do Salto, de José Vieira
Ce documentaire “Gens du Salto” a été la petite graine semée dans mon esprit qui m’a amené quelques années plus tard à créer le podcast AGOSTO. Des récits filmés par José Vieira, authentiques et bouleversants. On retrouve sa famille, ses voisins, ceux qui sont restés et ceux qui sont repartis.
“Au début des années soixante, des milliers de Portugais débarquent clandestinement en France. C'est le Salto, le saut dans l'inconnu. Des odyssées enfouies dans les mémoires et recueillies dans un document unique.”
Témoignage d’António MARTINS
Rédaction : Ophélie MARTINS
Crédit photo Antonio : Tristan Popescu